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Festival Sens Interdits – les coulisses !


Pendant une semaine, la photographe Manon Valentin a suivi de près la 3e édition du Festival Sens Interdits, en couvrant les hors-scène – et ses moments de rencontre, débats et échanges intenses -, mais aussi les coulisses, œuvrant au plus près des artistes et de la création…
Place aux images !

Les coulisses du spectacle Invisibles de Nasser Djemaï joué au Théâtre de la Croix Rousse

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Les coulisses du spectacle El año en que nací de Lola Arias joué au Radiant-Bellevue

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Les coulisses du spectacle Je suis de Tatiana Frolova joué aux Célestins

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Jeunes reporters : retour sur le festival Sens Interdits


LE « SENS INTERDITS » DES JEUNES REPORTERS

Après la 3e édition de Sens Interdits, c’est au tour de l’expérience Jeunes Reporters 2013 de prendre fin… Sur le papier ou sur la toile, ils ont su vous faire découvrir les artistes et les spectacles dans leur intimité, vous proposer leurs critiques tout au long de cet évènement. Merci à eux de nous avoir permis de comprendre ce qu’était ce festival de théâtre international. Mais que signifie-t-il pour eux ? Les JR se sont prêtés au jeu du cadavre exquis pour vous raconter leurs Sens Interdits…

« Raconter l’être humain et ce qui l’entoure pour essayer de faire sens, se rappeler et raconter ; en un mot EXISTER.
Exister et lutter, car le théâtre abat toutes les barrières et déjoue les interdits. Il poursuit sa route, droit devant.
Exister est un fait, écouter, discuter, raconter, créer donne un sens à la vie, mais créer est parfois aussi un enjeu de luttes, un combat politique pour celui qui en prend le risque, pour celle qui vient sur le devant de la scène se mettre à nu, comme pour tous ceux qui viennent ouvrir grand leurs yeux et leurs corps. Qui viennent pour assister à un échange, découvrir, s’intéresser, s’investir pour partager un instant, une expérience humaine incarnée sur scène par le jeu, à travers les scènes qui redonnent de la voix à tout ce qui a été tu…
Et tu as été le drame qui se joue sur scène. Pour l’acteur comme pour le spectateur, il s’agit d’échanger dans le respect : respect de l’autre mais aussi respect de soi. Jouer sans se rabaisser, ne plus être simplement le jouet d’un metteur en scène, mais…
Exister en tant qu’individu capable de s’affranchir de sa condition pour devenir plus vivant que son personnage et créer un nouveau théâtre capable de briser cette distance avec le spectateur afin de ne faire qu’un avec lui…
Lui faire comprendre la réalité d’ailleurs, vécue par quelqu’un d’autre ; car c’est ce qu’il y a d’intéressant dans le théâtre, pouvoir s’évader dans une autre réalité par le métissage des mots, des gestes et des expressions… S’apercevoir de ce qui s’est passé et de ce qui se passe dans le monde. S’arrêter un moment pour écouter et découvrir des pensées que nous ne connaissions pas. Ou encore lever le voile sur des vérités cachées, comme dissimulées.
Sens Interdits c’est aussi se poser des questions qui prennent alors sens dans nos vies, comme dans celles de ces acteurs, de ces auteurs, de ces femmes et de ces hommes, qui vivent d’autres réalités. Ne pas se censurer. Ne pas se fixer de limites. Donner la vérité crue sans s’embarrasser des conventions.
C’est cette vérité qui importe, et c’est notre rôle de jeunes reporters de rendre compte de ces réalités, de ces vérités mais aussi et surtout de rendre compte, telle une démarche anthropologique, de pratiques qui « font société » entre artistes et spectateurs. Des spectateurs dont le regard sera entièrement tourné vers ces artistes venus du monde entier pour s’exprimer, pour nous faire partager, pour laisser libre cours à leur liberté de parler et de dire ce qui doit être dit, pour que chacun soit informé de ce que son semblable peut vivre et qu’il ne reste pas dans l’ignorance, cette ignorance confortable qui nous fait croire que le ciel est toujours bleu, qui nous fait croire en un leurre.
Il suffit de poser ses yeux sur le sol pour comprendre qu’il n’y a pas une mémoire mais des mémoires.
Tu n’es pas un nom au théâtre, tu es un « je » qui s’exprime. Un « je » qui se dévoile. Un « je » qui incarne et transmet. Un « je » au croisement de l’intime et de l’universel, parlant du monde en soi et de soi dans le monde. Ce « je » que tu incarnes est chacun d’entre nous et dans ce « jeu » universel tu peux choisir de toi aussi monter sur scène, de hausser le ton pour te faire entendre, pour faire bouger les choses, pour montrer aux autres ce qui est caché ou ce que l’on refuse tout simplement de voir…
Et qui, une fois dévoilé au grand jour, renforce ces combats, ces luttes, ces Résistances en quête de Mémoires et d’Identités. »

Les Jeunes Reporters au travail…

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Jeunes reporters : couvertures du Journal International


ÉCHAPPÉES-BELLES

Eté 2013, alors que beaucoup étaient en vacances, Pauline, Déborah et Charlotte se sont réunit tout le mois d’août pour réaliser la couverture du Hors-série du Journal International entièrement réalisé par le groupe des Jeunes reporters et dédié au festival Sens Interdits.
Un shooting photo, des réunions, des essais… découvrez maintenant les couvertures auxquelles vous avez échappé !

« Afin de réaliser une couverture pertinente, nous avons réfléchi autour du théâtre politique, de l’identité, de la mémoire et de la résistance. Nous nous sommes posé la question de la place de la femme dans les différentes pièces de théâtre présentées, de l’échelle de l’être humain par rapport à celle du monde. Cette longue réflexion nous a amené à travailler graphiquement le corps de l’être humain en parallèle à la carte géographique ». 

Pauline Auvray, Charlotte Bonnet et Deborah Séry

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Jeunes reporters : retour sur « Bussy Monologues »


BUSSY MONOLOGUES OU L’ART DE TÉMOIGNER AU FÉMININ

Ce qui frappe dans un premier temps dans Bussy Monologues, c’est le fouillis d’accessoires qui se trouve sur la scène avant même que le spectateur n’entre dans la salle. Pendant une petite heure Sondos Shabayek et Mona El Shimi vont s’emparer de chaque objet, de chaque morceau de tissu pour nous raconter une histoire, ou plutôt plusieurs histoires : celles de leurs compatriotes égyptiennes.
Sondos Shabayek a rassemblé des témoignages du quotidien en rapport avec la perception que les femmes ont de leur corps, ou celles qu’on leur en a donné. La spectatrice française s’amuse de se reconnaître dans certains récits : les inquiétudes liées au premier cheveu blanc, la mère qui se préoccupe du célibat de ses filles ou les éternels problèmes de poids. Puis on nous offre une brusque plongée dans la dure réalité du patriarcat traditionnaliste : censure des artistes, limitation du droit des femmes, excision. C’est un vrai spectacle coup de poing sur la condition des femmes que nous offre Sondos Shabayek. On regrette simplement que le jeu avec les costumes ne soit pas davantage poussé, ce qui pourrait facilement se travailler au fil des représentations. Nous leur souhaitons néanmoins un long et beau chemin avec ce spectacle qui saura probablement grandir avec ses interprètes.

Maïté Cussey
Avec la complicité de Pauline Auvray (photo)

Bussy-monologues_crédit-Pauline-Auvray

Jeunes reporters : retour sur « Invisibles » – Interview d’un chibani


MATRIF AMOR ET LES FOYERS SONACOTRA, 50 ANS DE VIE

Un brin de flottement avant de s’introduire dans le QG des Chibanis et voilà qu’on nous invite à franchir la porte. Situé dans le 3e arrondissement de Lyon, l’Olivier des Sages est une association ayant pour vocation l’insertion sociale des personnes vieillissantes, notamment celles issues de l’immigration. On joue aux dominos et aux cartes en attendant la distribution. Arrivé en France en 1963, nous faisons la connaissance de M. Matrif Amor, plombier à la retraite.
« Le 14 octobre, la secrétaire d’État à l’intégration m’a donné un médaillon dans une boîte ou un coffret. Comment ça s’appelle déjà ? »…

Une médaille d’honneur ?
Ah oui, voilà. C’est pas ça que je voulais. Pourquoi ils ne me donnent pas la nationalité ? Je suis né français, pendant la colonisation, en 1944. En 1962, quand on annonce la fin de la guerre, j’ai 18 ans. Je me balade dans la ville, une 203 camionnette passe et j’entends de l’intérieur des gens parler alors que la bâche est fermée. J’ouvre et aperçois 2 jeunes de mon âge qui me disent qu’ils s’en vont en France travailler. Moi aussi, je veux y aller. 

Et une fois en France, vous vivez où ?
J’arrive dans un foyer rue d’Hamlet vers Argenteuil. Je paye le loyer 35 francs par mois mais c’est un bâtiment insalubre. J’y reste 2 ans. On est 7 ou 8 par chambre. Beaucoup viennent d’Afrique du nord ou subsaharienne. Je suis le seul qualifié. Plombier c’est un bon métier, je peux trouver du travail facilement. Après, je suis allé boulevard Gloriel Perry dans un foyer Sonacotra. C’est destiné aux hommes uniquement, enfin aux ouvriers même si aujourd’hui tout le monde peut y habiter. Chacun dans sa chambre, seul, 3,50m². On a un salon, une cuisine, des douches et des toilettes collectifs. Chacun fait sa popote. Avec mon salaire de 3600 francs, je paye la chambre 130 ou 140 francs par mois. En plus, on a une machine à laver et un sèche-linge. C’était bien !

3,50m², c’était bien ?
Bien sûr ! Pour quelqu’un qui partage la même pièce avec sept ou huit personnes, avoir sa propre chambre, c’est mieux. Au moins, personne ne me dérange. J’ai des longues journées alors le soir quand je rentre du travail, j’aime bien être seul. Par exemple, le matin je me réveille, je fais ma prière avant de sortir. Ensuite, on a un parcours du combattant. On prend le train jusqu’à Gare Saint-Lazare, ensuite le métro, encore un autre métro, on sort au chantier. On travaille toute la journée avant de refaire le même parcours. Une fois à la maison, on fait la popote, la prière qu’on a raté, on mange et on rempli la gamelle du lendemain. Le matin, je prends une pomme ou une banane dans le cartable et recommence la même journée.

Et aujourd’hui, vous êtes à la retraite. Est-ce que vous vivez toujours seul ?
En 2008, je m’installe dans la région lyonnaise. Logé dans un foyer Sonacotra, je paye 20 à 23 euros mensuel avec les APL sinon c’est 270 € ! Aujourd’hui, j’habite dans le quartier de la Saulaie, à 300 m de la nouvelle station métro d’Oullins. Je paye très cher. 10 € et 53 cts. En revanche, c’est loin de l’association. Je marche seul avec ma canne. Ca fait presque un trajet d’une heure. Mais, j’ai un T2.

Sonia Hadjrabah

Photos : © Pauline Auvray

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